Comment avez-vous vécu les heures qui ont suivi l’annonce de la sanction infligée par la DNCG à Orléans ?
Déjà, j’ai annulé mon déplacement à Niort, où je devais assister à Niort-Paris-SG en Coupe de France (0-2), pour superviser une dernière fois notre adversaire de samedi. Évidemment, cette sanction nous fait mal. Le président Philippe Boutron m’a prévenu et nous avons décidé de réunir les joueurs au stade, avant que l’information ne soit rendue publique. Les joueurs étaient déçus, car depuis deux mois, ils avaient permis à l’équipe de quitter la dernière place du classement, grâce à un excellent parcours. Et moi aussi, j’ai mal vécu cette sanction. Quatre points, c’est beaucoup. C’est comme si j’avais pris un uppercut en pleine gueule. Le mercredi, le jeudi matin au réveil, j’étais encore un peu sonné. Mais il faut réagir, dès samedi face à Niort. On n’a pas le temps de pleurer sur notre sort.
Vous avez l’impression d’avoir été un peu trimbalé à propos de la situation financière du club ?
Avant de signer, j’avais entendu dire qu’il y avait quelques difficultés financières. Mais on m’avait donné des assurances. Le club va faire appel de cette sanction et le président Boutron m’a dit que les choses allaient s’arranger. Avec les joueurs, on va faire ce qu’il faut sur le terrain pour rester en Ligue 2. Aux dirigeants d’être bons dans les bureaux et sur les dossiers.

Craignez-vous que cette sanction plombe le moral des troupes ?
Je ne pense pas. Les mecs sont déçus, mais pas abattus. Ils savaient que ce serait dur de rester en Ligue 2 avant cette décision, car notre marge est infime. Avec ces quatre points en moins, ce sera encore plus difficile, car Laval et Tours, qui sont juste derrière nous, reprennent espoir. Depuis deux mois, les joueurs se battent. On a battu Sochaux (1-0), Auxerre (2-0), Lens (2-1), Amiens (2-0). Ce n’est pas anodin. J’ai des joueurs expérimentés, comme Ziani, Belkalem, Cissokho, Sami. Je pense que nous avons les qualités pour surmonter cette épreuve.

Quand vous êtes arrivé, le 28 décembre dernier pour remplacer Olivier Frapolli, Orléans se traînait à la dernière place…

« On a doublé le nombre de séances d’entraînement, car il fallait bosser physiquement, pour pouvoir espérer réussir cette véritable opération commando. Je suis aussi très strict sur les horaires. »

Oui, mais les joueurs n’étaient pas au fond du trou. Marqués, bien sûr, mais pas abattus. J’avais vu jouer Orléans quelques semaines avant de venir, alors que je n’avais aucun contact avec le club. Je trouvais que cette équipe avait le niveau, mais qu’il lui manquait de l’efficacité dans les deux surfaces. En arrivant au club, il n’y avait pas d’ambiance de crise. Ni de véritable inquiétude. Moi, j’ai accepté ce challenge difficile, car je ne veux pas aller entraîner en National. J’ai donc mis en application mes méthodes de travail. On a doublé le nombre de séances d’entraînement, car il fallait bosser physiquement, pour pouvoir espérer réussir cette véritable opération commando. Je suis aussi très strict sur les horaires.

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Par exemple ?
Le matin, on s’entraîne à 9h30. Peu importe le temps. Et les joueurs doivent être là à 8h45. J’ai aussi instauré un ou deux petits déjeuners en commun par semaine, plus un repas. Dans notre situation, la cohésion du groupe est essentielle. Depuis quelques semaines, je vois dans les yeux des joueurs qu’ils sont fiers de ce qu’ils font. Et je crois qu’ils prennent leur pied à l’entraînement.

Et vous ? Après Colmar, plombé par les problèmes financiers, vous avez passé plus de six mois sans travailler…
J’aurais pu signer en Afrique. En Gambie, avec des clubs marocains, comme Marrakech ou Kenitra. En National. J’ai eu des touches en L2. Mais après Colmar, j’avais besoin de couper, de voir mes enfants, de passer du temps avec ma compagne, ma famille, mes amis. Colmar… La première année, on avait réussi à sauver le club de la relégation en National. Mais ensuite, ça a été n’importe quoi. La DNCG a retiré six points au club pour des motifs financiers, plus personne n’était payé, les derniers dirigeants nous promenaient, on ne voyait plus personne… Bref, avec les joueurs, on se démerdait seuls. Colmar, c’était le Koh-Lanta du foot. Et quand il s’agit de s’expliquer avec le liquidateur judiciaire, tu n’as plus un dirigeant pour t’assister. Après Colmar, il fallait vraiment couper un peu.

Vous n’avez quand même pas de bol. À Rouen, également, vous avez connu un dépôt de bilan…
On me vend un projet ambitieux. À la fin de la saison 2012-2013, on gagne sur le terrain l’accession en Ligue 2. Et quelques jours plus tard, la DNCG nous retire trois points ! Du coup, pas de montée et un dépôt de bilan. Les objectifs sportifs sont atteints, et tout tombe à l’eau en raison de problèmes financiers que, parfois, on t’avait cachés ! La déception est énorme, surtout pour les joueurs qui ont fait ce qu’il fallait, et pour les supporters.

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Vous avez aussi connu des moments épiques à Neuchâtel Xamax, à l’Apollon Limassol, au Bénin…

« À Neuchâtel, j’arrive en septembre, on se sauve après un début de championnat compliqué. Mais les Tchétchènes prennent le contrôle du club. Tout le monde sait que c’était pour blanchir du fric. On veut m’imposer un staff technique tchétchène, on me demande de ne pas faire jouer certains blacks… »

Oui. À Neuchâtel, j’arrive en septembre, on se sauve après un début de championnat compliqué. Mais les Tchétchènes prennent le contrôle du club. Tout le monde sait que c’était pour blanchir du fric. On veut m’imposer un staff technique tchétchène, on me demande de ne pas faire jouer certains blacks… Bref, ils ont fait n’importe quoi, en virant les entraîneurs les uns après les autres. Et finalement, ils ont laissé un trou de plusieurs millions d’euros. À Chypre (2011), c’était une période délicate pour le pays, puisqu’il n’y avait plus d’argent dans les banques. Et au Bénin (2014), je n’étais plus payé au bout de six mois. J’ai porté l’affaire devant la FIFA, qui a statué en ma faveur. Mais ces expériences à l’étranger m’ont fait du bien. J’ai vécu des choses enrichissantes. C’était un peu plus dur en Algérie, quand j’étais à l’USMA (2011-2012). Plus compliqué dans la vie quotidienne. La violence dans les stades, l’interventionnisme des dirigeants…

Votre carrière a-t-elle pris une tournure que vous n’envisagiez pas pas après votre limogeage de Nice, en mars 2010 ?
Sans doute. Jusqu’à Nice, elle suivait une courbe ascendante. Je découvrais la Ligue 1, et si ça n’a pas marché comme je l’espérais, j’ai une part de responsabilité évidente. Après Nice, j’aurais pu aller à Bastia, mais je ne me sentais pas prêt. Partir à l’étranger m’a fait du bien. Mais quand tu pars deux ou trois ans, on t’oublie, et ce n’est pas évident de revenir…

Propos recueillis par Alexis Billebault

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