David Poisnel

Pour être franc, on n’y croyait plus tellement. À 23 heures passées, et après avoir vu défiler la plupart des Ciel et Marine et leurs adversaires en zone mixte, il fallait bien se rendre à l’évidence : connaissant sa très relative appétence pour l’exercice médiatique, Jean-Pascal Fontaine, bien que réclamé par la presse pour commenter le tout premier doublé de sa carrière (une frappe des 20 mètres suivie d’un coup franc très excentré côté gauche), avait sans aucun doute emprunté le premier ascenseur afin d’échapper aux questions.

Alors le plan B fut activé : préparer un sujet sur le Réunionnais… sans le Réunionnais. Son entraîneur fut le premier interrogé sur son cas. « Ah bon ? », s’est d’abord étonné Oswald Tanchot lorsqu’on lui signala qu’avant cette soirée du 10 février 2017, son numéro 7 n’avait encore jamais inscrit deux buts au cours d’une même rencontre. Et le coach du HAC de dévoiler l’un des moments fondateurs de ce huitième succès de la saison, le premier depuis trois mois et dix matches pour sa formation. « J’ai croisé Paski aux sanitaires juste avant le match et je lui ai dit : pense à frapper. Et sur son premier ballon, c’est ce qu’il a fait, souriait Tanchot. Paski a cette qualité de frappe qui doit lui permettre de mettre sept ou huit buts par saison. Mais souvent, il est trop collectif, trop altruiste. »

Les deux buts inscrits vendredi soir par Fontaine portent désormais à quatre son total depuis le début de saison, soit d’ores et déjà un record personnel, et ni plus ni moins que le tiers de ses douze réalisations en 185 matches de championnat avec le HAC. Un ratio relativement faible qui ne s’explique pas uniquement par le sens du collectif exacerbé du joueur de 27 ans. Si Fontaine, par ailleurs auteur de 15 passes décisives dans le même temps, marque si peu, c’est aussi en raison de son positionnement, les différents entraîneurs s’étant succédé sur le banc havrais l’ayant le plus souvent utilisé en tant que milieu relayeur, voire défensif.

Ayasse le voit
taillé pour le rôle

Mais tant à Valenciennes lundi soir (0-0) que contre Bourg-en-Bresse vendredi, c’est un cran plus haut, entre la paire de récupérateurs (Lekhal – Ayasse) et l’attaquant de pointe (Julan), que le milieu de terrain fut utilisé. « Il joue quasiment comme un numéro 10, abonde Tanchot. À ce poste, il nous permet d’avoir une maîtrise collective dans le cœur du jeu. Avec Thomas (Ayasse) et Victor (Lekhal), ça fait une belle complémentarité. C’est un peu par manque d’attaquants (Duhamel et Gimbert étaient absents, tandis que Dembélé a été prêté à Laval) qu’on a mis en place cette organisation, mais je n’oublie pas que Paski, quand j’étais jeune entraîneur et que je jouais contre lui, évoluait excentré droit ou numéro 10. C’était resté dans un coin de ma tête. »

Pour Thomas Ayasse, c’est certainement dans ce rôle de meneur axial que son partenaire a le plus de qualités pour s’épanouir. « Paski, il faut qu’il se situe au cœur du jeu. Avec des joueurs proches de lui, car il aime combiner avec les autres, les passes courtes, le petit jeu. Je pense qu’il ne faut pas qu’il s’éparpille, lui demander de faire des grandes courses de replacement. L’avantage de l’avoir dans les zones offensives, c’est qu’il peut aider l’équipe à conserver le ballon plus haut sur le terrain, même sous pression. En plus, comme il a l’habitude de jouer en numéro 6, il ne rechigne pas à défendre. Je crois vraiment que c’est à ce poste-là qu’il peut être le plus utile à l’équipe », était ainsi en train d’analyser l’ancien Troyen au moment où, devinez quoi, la silhouette du Réunionnais est apparue au bout du couloir !

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Accompagné de son frère, venu lui rendre visite en métropole, le double buteur du soir a accepté de raccrocher son téléphone (il était réellement en communication). « Oui, je sais qu’il s’agit de mon premier doublé, ça fait plaisir, mais c’est surtout la victoire qui fait plaisir », a-t-il d’abord commenté avec l’humilité qui en fait un personnage unanimement apprécié du vestiaire, avant de reconnaître que cette nouvelle position n’était pas pour lui déplaire. « J’ai plus de liberté, je peux tenter plus de choses. Si je m’y sens mieux ? Oui, j’aime bien », a-t-il ensuite poursuivi, sans rien revendiquer.

Souvent auteur de prestations frustrantes, pour ne pas dire décevantes parfois quand on connaît l’étendue de sa palette, depuis la grosse entorse du genou dont il avait été victime à Nancy en novembre 2015, celui qui aura passé deux décennies au HAC s’il devait aller au bout de sa récente prolongation de contrat (jusqu’en 2020) a peut-être ouvert cette semaine un nouveau chapitre de sa vie en ciel et marine.

Lekhal reprend doucement la main

Lui n’a pas trouvé le chemin des filets contre Bourg-en-Bresse, ni même délivré de passe décisive, mais cela n’a pas empêché Victor Lekhal de faire partie des Havrais dont la tête est sortie de la mêlée vendredi. Et ce n’est pas seulement parce que le milieu de terrain domine la plupart de ses partenaires et adversaires sous la toise (1,87 m). Précieux de par son aptitude à lire le jeu et tuer dans l’œuf les initiatives adverses, précis et souvent tranchant dans son jeu de passes, le natif de Fécamp est en outre apparu très à l’aise techniquement sur certaines séquences, confirmant ses précédentes sorties encourageantes.

Tanchot : « Son histoire
ici n’est pas terminée
 »

Et quand Oswald Tanchot situe au match de Troyes (1-2, 22e j.) le début du redressement de sa formation, il n’est pas interdit de penser que le retour de Lekhal dans le onze de départ y est peut-être pour quelque chose. L’entraîneur du HAC n’en semble pas loin lorsqu’il déclare : « Victor, il équilibre les choses, il sent le football. Sa qualité de passes donne du temps aux autres. Et surtout, il coupe beaucoup de contre-attaques par son positionnement. Il est très intelligent. Je suis content pour lui, ce genre de match va lui faire du bien sachant qu’il se nourrit beaucoup à la confiance. »

Aligné d’entrée pour la quatrième fois de suite vendredi, lui qui n’avait jamais vécu plus de… deux journées successives dans la peau d’un titulaire avec le HAC, Lekhal confirme se sentir « de mieux en mieux ». « Enchaîner les matches ne peut que m’aider à retrouver du rythme et de la confiance », avance le jeune homme (22 ans) en fin de contrat, dont les prestations, si elles se maintiennent à ce niveau, vont finir par obliger ses dirigeants à lui offrir une prolongation supérieure à celle qu’il n’avait pas jugée suffisante en décembre. « Je ne me prends pas la tête avec ça. Je joue mes matches à fond et je me dis que si je suis bon, je trouverai forcément quelque chose », considère Lekhal, tout en réaffirmant son « souhait de rester au HAC ». « Cela fait onze ans que je suis là, c’est mon club, ma ville… »

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Il sait que Tanchot (lui aussi en fin de bail) aura « forcément son mot à dire » s’il devait poursuivre sa mission sur le banc du doyen. On imagine sans mal dans quel sens celui-ci penchera. Encore plus lorsque le technicien conclut : « Je crois que Victor a encore beaucoup de choses à faire avec le HAC, son histoire ici n’est pas terminée. »

D. P.

Vendredi :

Le Havre –
Bourg-en-Bresse
 : 3-0 (3-0)

Arbitre : S. Frappart. Spectateurs : 6 210.

Buts pour Le Havre : Julan (4e), Fontaine (10e, 17e).

LAval – red star : 1-1 (1-0)

Arbitre : R. Delpech. Spectateurs : 4 465.

Buts pour Laval : Monfray (16e) ;
pour le Red Star : Kieta (80e).

AC Ajaccio –

Valenciennes : 3-2 (2-0)

Arbitre : L. Jaffredo. Spectateurs : 700.

Buts pour Ajaccio : Maazou (6e, 42e), Gakpa (51e) ;
pour Valenciennes : Ndao (64e), Ciss (67e).

Niort – Troyes : 3-2 (1-1)

Arbitre : M. Lavis. Spectateurs : 3 099.

Buts pour Niort : Sambia (45e+1), Lamkel Zé (52e), Sans (84e), Choplin (89e) ; pour Troyes : Ben Saada (35e), Niane (85e sp).

Amiens – GCF Ajaccio : 4-0 (0-0)

Arbitre : S. Palhies. Spectateurs : 6 000.

Buts pour Amiens : Dibassy (57e), Manzala (80e), Kamara (82e), Fofana (90e).

Nîmes – Tours : 1-1 (1-0)

Arbitre : M. Mokhtari. Spectateurs : 6 427.

Buts pour Nîmes : Azouni (26e) ;
pour Tours : Miguel (90e+6).

Auxerre – Brest : 3-1 (0-0)

Arbitre : A. Castro. Spectateurs : 4 525.

Buts pour Auxerre : Courtet (67e), Ba (75e), B. Touré (90e+4) ;
pour Brest : Castan da Silva (87e).

Hier :

Reims – Sochaux : 0-1 (0-1)

Arbitre : M. Jochem. Spectateurs : 9 193.

But pour Sochaux : Andriatsima (13e).

Demain :

À 19 h : Strasbourg – Orléans.

À 20 h 45 : Lens – Clermont.

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